Courbatures : pourquoi on en a après la course et pas à vélo ?
Par Isabelle EUSTACHE 18/10/2018 17:46

Quelques jours après une course à pied, vous souffrez de courbatures et rien n’y fait, y compris les échauffements et les longues séries d’étirements. En revanche, vous pouvez enchainer les kilomètres à vélo sans souvenir désagréable de votre escapade. Pourquoi ?

Chaque foulée détruit un peu plus de muscle

La course à pied est très agressive pour les muscles, car les foulées sont associées à un impact. Chaque foulée entraine une légère flexion des articulations qui emmènent avec elles les tendons et les membranes entourant les muscles. Les muscles, eux, ont pour mission d’amortir la réception et éviter que les membres inférieurs ne se plient brutalement. Pour réaliser cette contraction de freinage à la réception, les fibres musculaires tirent en contresens sur les enveloppes musculaires. Au final, lorsque le muscle se contracte, il s’allonge ! C’est ce que l’on appelle la « contraction excentrique ». Or ce phénomène très particulier crée des contraintes importantes à la jonction articulaire, à l’origine de nombreuses microlésions du tissu musculaire. Ces lésions sont nettoyées par les globules blancs, induisant une inflammation locale qui peut être douloureuse.

Deux conséquences :

  • Un besoin en protéines ou en acides aminés pour reconstruire les fibres musculaires lésées.
  • Des courbatures, un à deux jours après une course prolongée, liées à l’importance de l’inflammation et donc des microlésions musculaires.

Même un petit footing provoque des microlésions qui seront réparées via une inflammation. Mais les lésions sont alors peu importantes et l’inflammation peu ou pas douloureuse. De même, les besoins en protéines seront moins importants, car il y a moins de fibres musculaires à reconstruire, mais ils sont réels même en l’absence de douleur.

On peut retenir de façon imagée que chaque foulée déchiquète les muscles qu’il faudra reconstruire. Plus les foulées seront intenses et nombreuses, plus les muscles seront abimés et plus la reconstruction sera douloureuse et génératrice de courbatures. 

 

Et en vélo ?

Ce besoin d’amortissement n’existe pas. À chaque coup de pédale, le muscle ne s’allonge pas comme à la course, mais se contracte de façon plus classique : la contraction du muscle tire sur les membranes musculaires et les tendons qui emmènent l’articulation. Chaque élément va dans le même sens et le muscle se raccourcit. Le muscle se concentre sur lui-même, d’où l’appellation de « contraction concentrique ». Celle-ci entraine peu de contraintes au niveau de la jonction entre les fibres et l’enveloppe musculaires.

Résultat, on peut enchainer les kilomètres en vélo sans courbature.

 

Runneur et cycliste : des morphologies opposées

La contraction excentrique du runneur et la contraction concentrique du cycliste expliquent leur morphologie très différente. Les premiers détruisent du muscle à chaque foulée qu’ils tentent de réparer, leurs muscles s’allongent, ils ont des cuisses fines.

Les seconds réalisent à chaque coup de pédale, un travail équivalent à un exercice de musculation. Pour gagner en force, ils construisent du muscle, lequel prend du volume, d’où les cuisses plus volumineuses des cyclistes.

Entre-deux : les triathlètes, qui en pratiquant les deux disciplines présentent souvent une masse musculaire intermédiaire. De même, les ex-cyclistes voient progressivement leurs cuisses s’affiner, tandis que l’ex-coureur qui se met au vélo et qui travaille désormais en force a tendance à prendre du volume.

 

Vélo ou course : les besoins en protéines sont équivalents

Dans les deux cas, pour réparer le muscle abimé par chaque réception de foulée ou pour prendre de la force, le besoin de construction musculaire après l’effort est important et nécessite des apports en protéines supérieurs à ceux du sédentaire. En consommant des protéines, après l’effort, l’organisme trouve à sa disposition des acides aminés qu’il pourra utiliser pour fabriquer des protéines et reconstruire du muscle. Certaines études ont montré qu’après un effort, les athlètes s’orientent spontanément vers les aliments les plus protéinés.

Parallèlement, une bonne hydratation aide à éliminer les substances devenues indésirables du fait de l’effort.

 

Source :

Dr Stéphane Cascua et Véronique Rousseau, Alimentation pour le sportif, Editions Amphora.

 

 

A lire également sur EAFIT

Conseils pour réussir une sèche

A jeun, bonne ou mauvaise idée ?

Mon programme running