La spiruline, une source de protéines
Par Isabelle EUSTACHE 18/10/2018 17:54

La spiruline est souvent considérée comme une algue, mais c’est une cyanobactérie dont les atouts nutritionnels permettent de la qualifier de superaliment. Pour le sportif, elle se présente comme un complément alimentaire intéressant pour sa richesse en protéines.

Une algue ou une bactérie ?

La spiruline est classiquement considérée comme une algue, car elle se développe sous l’effet de la lumière à la surface des plans d’eau douce et chaude en formant des efflorescences, sortes de filaments spiralés. Mais en réalité, il s’agit d’une bactérie de la famille des cyanobactéries, du genre Arthrospira. Les cyanobactéries, dites « algues bleues », captent la lumière comme source d’énergie en utilisant la chlorophylle, et produisent du dioxygène, comme les plantes. 

La spiruline est naturellement présente dans les zones intertropicales (lacs alcalins d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie du Sud). C’est un aliment traditionnel ancien consommé dans certains de ces pays. Aujourd’hui, elle est aussi produite de façon artisanale ou industrielle. En France, elle est produite depuis les années 1990, avec un nombre croissant de producteurs. La spécificité de la production française tient au caractère artisanal des fermes et aux procédés utilisés, garantissant la qualité de la spiruline (vente en circuit court, sans colorant, sans conservateur de synthèse, non OGM, exempt de pesticides).

Lorsque la communauté scientifique s’est intéressée à la spiruline et que sa haute valeur nutritionnelle a été détaillée, des associations l’ont proposé pour traiter la malnutrition des enfants dans les pays en développement.

En France, la spiruline est employée comme colorant ou sous la forme de compléments alimentaires en raison de son fort potentiel nutritif, sous forme de gélules, poudre, paillettes, comprimés. Elle est reconnue comme un aliment par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO, Food and Agriculture Organization of the United Nations).

 

Une source très intéressante de protéines

La spiruline est particulièrement riche en protéines : 60 à 70% de ce superaliment est composé de protéines (matière sèche), avec une forte proportion d’acides aminés essentiels (47%) (1, 2).

Concernant les glucides, la spiruline a une teneur de 14 à 19%, et côté lipides, elle renferme un peu moins de 10% d’acides gras divers.

Elle apporte de la chlorophylle, de nombreuses vitamines du groupe B et toutes sortes d’oligoéléments en quantités très variables selon les modes de production : potassium, calcium, chrome, cuivre, fer, magnésium, manganèse, phosphore, sélénium, sodium, zinc, fluor.

 

Du carotène à gogo

La spiruline est par ailleurs particulièrement riche en caroténoïdes. Les caroténoïdes (de la famille des carotènes) sont des pigments jaune-orangé, ceux-là mêmes qui donnent notamment leur belle couleur orangée aux carottes ou qui « colorent de l’intérieur » notre peau lorsque l’on prend des compléments alimentaires visant à préparer la peau au soleil. Le plus connu est le bêtacarotène, que l’on appelle provitamine A, car il se transforme en vitamine A. Les caroténoïdes sont de puissants antioxydants capables de protéger nos cellules contre les radicaux libres en excès.

La consommation de 5g par jour de spiruline (quantité maximale préconisée par certains compléments alimentaires) apporte de 7 à 8,5 mg de bêtacarotène alors que la limite d’apport quotidien en bêtacarotène par les compléments alimentaires a été estimée à 7 mg/jour, venant s’ajouter aux apports spontanés. Donc si l’on prend de la spiruline, attention à ne pas multiplier les compléments alimentaires ou à bien vérifier que ce que l’on prend par ailleurs n’apporte pas aussi du bêtacarotène pouvant mener à des surdosages.

 

Végétariens, végétaliens : la spiruline n’est pas une bonne source de vitamine B12

Les personnes végétariennes ou végétaliennes, de par leur régime alimentaire, sont plus à risque de carence en vitamine B12, cette dernière étant apportée par les produits animaux. Ces mêmes personnes s’intéressent souvent à la spiruline en tant que source importante de protéines. Or attention, dans la spiruline, la vitamine B12 se présente majoritairement sous la forme d’une pseudo-vitamine B12, qui est inactive (3, 4). C’est ainsi que l’Académie américaine de nutrition et de diététique considère que la spiruline ne constitue pas une source fiable de vitamine B12 pour les populations végétarienne et végétalienne (5).

 

Attention à la contamination

La spiruline ne présente pas de danger pour la santé si l’on respecte les doses recommandées, comme indiqué par les fabricants de compléments alimentaires. Ce n’est qu’en cas d’excès très important, au-delà de plusieurs grammes par jour chez l’adulte, que des effets indésirables peuvent se manifester (digestifs, allergiques, musculaires…). C’est pourquoi, par mesure de précaution, les autorités déconseillent la spiruline à deux populations particulières : les personnes présentant un terrain allergique et les sujets atteints de phénylcétonurie (une maladie génétique rare liée à l’accumulation de l’acide aminé phénylalanine).

En revanche, les produits contenant de la spiruline peuvent être contaminés par des cyanotoxines, des bactéries ou des traces de métaux de lourds (plomb, mercure, arsenic). L’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) ayant recensé 10 cas documentés (6), recommande aux consommateurs de toujours privilégier les circuits d’approvisionnement les mieux contrôlés par les pouvoirs publics : conformité à la réglementation française, traçabilité, identification du fabricant (7).

 

Bibliographie

(1) Gershwin ME. and Belay A., Spiruline in human nutrition and health, 2008, Editions CRC Press.

(2) Holman BW. and Malau-Aduli AE., Spirulina as a livestock supplement and animal feed, J Anim Physiol Anim Nutr (Berl), 2013, 97(4):615-23, DOI:10.1111/j.1439-0396.2012.01328.x.

(3) Watanabe F., Vitamin B12 sources and bioavailability, Exp Biol Med (Maywood), 2007;232(10):1266-74, DOI:10.3181/0703-MR-67.

(4) Herbert V. and Drivas G., Spirulina and vitamin B 12, JAMA, 1982;248(23):3096-7.

(5) Melina V., et al., Position of the Academy of Nutrition and Dietetics: Vegetarian Diets, J Acad Nutr Diet, 2016 ; 116(12):1970-1980, DOI:10.1016/j.jand.2016.09.025.

(6) Anses, Risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la spiruline, 4 août 2017, https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2014SA0096.pdf.

(7) Anses, Compléments alimentaires à base de spiruline : privilégier les circuits d’approvisionnement les mieux contrôlés, 4 novembre 2017, https://www.anses.fr/fr/content/compl%C3%A9ments-alimentaires-%C3%A0-base-de-spiruline-privil%C3%A9gier-les-circuits-d%E2%80%99approvisionnement.

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